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GOGOL : Extraits d'Oeuvres

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Les Soirées du Hameau

Le Révizor

Les Ames Mortes

 

 

Les Soirées du Hameau ; l'avant propos de la 1ère partie (extrait des " Oeuvres Complètes de Gogol " - La Pleiade- ed Gallimard - traduction Michel Aucouturier)

Les Soirées du Hameau, près de Dikanka ? En voilà encore une nouveauté ! Drôles de " soirées " ! Et, c'est un apiculteur, s'il vous plaît, qui vous lance ça sur le marché ! Dieu soit loué ! On dirait bien qu'on n'a pas encore plumé assez d'oies ni gâché assez de chiffons pour en faire des plumes et du papier ! Qu'il n'y a pas encore assez de monde, de toute engeance et de toute condition, qui se soit barbouillé d'encre le bout des doigts ! Et voilà à présent un apiculteur - quelle mouche l'a piqué, je me le demande - qui prend le même chemin ! Vrai, il se fait de nos jours tant de papier imprimé, qu'il faut se creuser la cervelle pour imaginer ce qu'on pourrait bien y envelopper.[...]

[...] nous avons depuis toujours dans nos villages la coutume que voici : dès que s'achèvent les travaux des champs, que le paysan se perche sur son poêle pour s'y reposer tout l'hiver, et que nous autres apiculteurs nous rentrons nos abeilles dans un caveau obscur;quand il n'y a plus de grues dans le ciel ni de poires sur les arbres, - alors, sitôt le soir venu, vous pouvez parier qu'il y a déja la-bas, quelque part, au bout d'une ruelle, une lumière qui s'allume, des rires et des chansons qui retentissent de loin, une balalaïka, parfois même un violon, qui chevrote, et des bruits de voix, et tout un vacarme... C'est ce qu'on appelle nos veillées.Elles ressemblent à vos bals, voyez-vous, mais ce n'est tout de même pas la même chose. Quand on va au bal, c'est exprès pour remuer un peu les jambes et baîller un peu sous main; chez nous, ce n'est pas pour danser que l'on voit se réunir dans une maison toute une troupe de jeunes filles, mais pour s'installer devant un fuseau et un peigne en filasse; et au début, on dirait vraiment qu'elles ne sont pas là pour s'amuser : les fuseaux bordonnent, des chansons s'élèvent, et chacune a les yeux fixés sur son ouvrage; mais voilà qu'arrivent les garçons accompagnés d'un violoneux, et aussitôt ce sont des cris, des jeux, des danses, et toutes sortes de tours que l'on serait bien en peine de raconter.

Mais le plus beau, c'est encore lorsque le cercle se resserre et que l'on commence à se poser des devinettes ou simplement à bavarder à tort et à travers. [...]

[...] Oui, voilà que j'oubliais l'essentiel; lorsque vous viendrez me voir, messieurs-dames, prenez tout droit par la grande route vers Dikanka.j'ai mis le nom exprès sur la première page, pour que vous soyez plus vite arrivés jusqu'à notre hameau.[...]

[...] Mais alors lorsque vous serez chez nous, nous vous ferons goûter des melons comme vous n'en avez peut-être jamais mangé; et pour le miel, je serais prêt à jurer que vous n'en trouverez pas de meilleeur de par les hameaux.Figurez-vous que lorsqu'on en apporte un rayon, le parfum qui remplit la chambre, vous n'imaginez pas ce que c'est : pur comme un larme ou comme le cristal précieux qu'on met dans les pendants d'oreilles.Et ces gâteaux, si vous le saviez seulement ! Du sucre, je ne vous dis que ça ! Et le beurre, à en saliver dès qu'on le goûte. Vrai, quand on y pense, qu'est-ce que ces bonnes femmes ne savent pas faire ! Avez-vous déjà bu, messieurs-dames, du jus de poire fermenté avec des prunelles, ou de la vodka aux épices avec des raisins secs et des prunes ? Ou bien avez-vous jamais eu l'occasion de manger de la bouillie au lait ? Seigneur, mon Dieu, qu'est-ce qu'on ne fait pas comme mets ici-bas ! Quand on en mange, c'est à s'en pourlécher les babines, je ne vous dis que ça. Une douceur indescriptible ! L'an dernier...Mais je bavarde!...Venez seulement chez nous, venez vite, vous verrez comme nous vous ferons manger : vous irez ensuite le raconter à tout venant.

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Les Soirées du Hameau ; l'avant propos de la 2ème partie (extrait des " Oeuvres Complètes de Gogol " - La Pleiade- ed Gallimard - traduction Michel Aucouturier)

 

Voici donc un deuxième livre, ou pour mieux dire, le dernier.Celui-ci, déjà, j'avais bien envie de ne pas le publier.Il faut quand même savoir s'arrêter, n'est-ce pas ? Je vous dirai que dans le hameau on commence déjà à se moquer de moi : " Il a perdu la boule, le vieux garand-père : sur ses vieux jours il s'amuse à des jeux d'enfants." Et c'est bien vrai qu'il est grand temps d'aller se reposer. Vous vous dîtes sûrement, mes chers lecteurs, que je me fais plus vieux que je ne suis.Quel besoin aurais-je de me vieillir, je vous le demande, quand il ne me reste plus une dent à la mâchoire.[...] Voici donc un nouveau livre ! Pas d'injures, c'est tout ce que je vous demande ! Ce n'est pas bien de se quitter sur des injures, surtout lorsqu'on ne sait pas si on se reverra de sitôt.[...]

[...] Je vous avais promis, je m'en souviens, que dans ce livre, il y aurait aussi une histoire de mon cru.J'ai bien failli tenir ma promesse, mais je me suis aperçu que pour une histoire il faudrait au moins trois livres comme celui-ci. J'ai même songé un instant à le faire imprimer à part, mais j'ai changé d'avis. C'est que je vous connais, moi, vous vous seriez encore moqués du vieillard que je suis.Non merci. Adieu! Nous ne nous reverrons pas de sitôt, peut-être même jamais. Mais quoi? Je pourrais ne pas exister,ça ne vous ferait ni chaud, ni froid. Encore un an, deux ans, et il n'y aura plus personne parmi vous pour se rappeler et regretter le vieil apiculteur Panko le Rouge.

 

 

 

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Le Révizor; Acte 4 Scène 8

(extrait des " Oeuvres Complètes de Gogol " - La Pleiade- ed Gallimard - textes français d' André Barsacq)  

 

Khlestakov (fonctionnaire), seul

Il y a ici beaucoup de fonctionnaires. J'ai l'impression qu'ils me prennent tous pour un homme d'Etat. J'ai dû leur faire une grande impression, hier après dîner. Quels imbéciles ! Si j'écrivais tout cela à mon ami Triapitchkine à Petersbourg.Il s'amuse à torcher des articles, il les arrangera aux petits oignons...Et quand on tombe entre les pattes de Triapitchkine, gare ! Pour un bon mot, il n'épargnerait ni père, ni mère; de plus,il n'est pas insensible à l'argent. Par ailleurs, il faut le reconnaître, ces fonctionnaires sont de braves gens,c'est très gentil de leur part de m'avoir prêté de l'argent.Voyons, si je comptais un peu. De la part du Juge, 300, du Directeur des postes, 300,600, 700, voilà un billet bien graisseux...800,900...Oh! oh! on dépasse les 1000...Si maintenant, j'avais la chance de te coincer derrière un tapis vert, mon capitaine, tu verrais alors de nous deux qui aurait le dessus !

 

 

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Les Ames mortes ; extrait 1

(extrait des " Oeuvres Complètes de Gogol " - La Pleiade- ed Gallimard - traduction Henri Mongault )

Jadis, aux temps lointains de ma jeunesse, aux temps de mon enfance à jamais disparue, je me réjouissais en arrivant pour la première fois dans un endroit inconnu : hameau, village, bourg, pauvre chef-lieu de canton, - mon oeil d'enfant trouvait partout de quoi satisfaire sa curiosité. Chaque bâtiment, chaque objet qui offrait une particularité quelconque, tout arrêtait, tout captivait mes regards. Que ce fût une bâtisse officielle en pierre, à la banale architecture, à la façade ornée pour une bonne moitié de fausses fenêtres, dominant solitaire le ramas des humbles logis en bois; que ce fût une coupole régulière revêtue de feuilles de tôle couronnant une église neuve à la blancheur de neige; que ce fût enfin un marché, ou un faraud de village venu se pavaner à la ville - rien n'échappait à la subtilité de mon aatention juvénile.Mettant le nez à la portière, je cnsidérais la coupe inconnue d'un surtout, les caisses de clous, de soufre, de savon, de raisins secs, les bocaux de bonbons moscovites racornis entrevus à l'intérieur d'une épicerie.Je m'intéressais à l'officier de ligne venu, Dieu sait d'où, s'ennuyer dans un trou de province, comme au marchand en caftan court qui roulait sur son léger drojki; et j'imaginais leur vie misérable.[...]

[...] Aux abords d'un domaine rural, ma curiosité s'éveillait à la vue d'un clocher de bois élancé ou d'une vieille église sombre et trapue.A travers les frondaisons, j'épiais le toît rouge et les blanches cheminées du manoir; j'attendais impatiemment qu'il émergeât des bosquets et s'offrit dans son ensemble à mes regards, des regards qui, hélas! commenceraient bientôt à se blaser. Je m'efforçais, à son aspect, d'augurer le caractère du maître.Avait-il des fils ou bien une demi-douzaine de filles aux yeux noirs, aux rires argentins, aux joyeux ébats, et dont la cadette ne pouvait manquer d'être une beauté ? Etait-il gros et jovial, ou morose comme septembre à son déclin ? Consultait-il sans cesse l'almanach ? Ennuyait-il la jeunesse de sempiternelles conversations sur les seigles ou les blés?

Maintenant, j'approche avec une égale indifférence de toutes les propriétés inconnues.Je considère d'un oeil morne leur écoeurante banalité. Rien ne m'égaie; tout ce qui jadis eût provoqué un jeu de physionomie, un éclat de rire, un flot de paroles, tout cela glisse devant moi, tandis que mes lèvres immobiles gardent un impassible silence. O ma jeunesse! O ma candeur!...

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Les Ames mortes ; extrait 2

(extrait des " Oeuvres Complètes de Gogol " - La Pleiade- ed Gallimard - traduction Henri Mongault)

[...] Etranges gens que ces fonctionnaires,- comme aussi bien le commun des mortels! Ils tenaient Nozdriov pour menteur, savaient parfaitement que l'on ne pouvait ajouter foi au moindre propos de ce hâbleur; et c'est pourtant à lui qu'ils eurent recours. Allez donc comprendre les hommes! Celui-ci nie l'existence de Dieu; mais si le nez lui chatouille, il croit son dernier jour arrivé.Dédaignant telle oeuvre poétique, lumineuse, où l'harmonie s'allie à la divine simplicité, celui-là se jette sur une production hâtive où la nature est trahie, défigurée, violentée par un habile faiseur; il s'en délecte et va s'écriant : " Voilà un vrai connaisseur du coeur humain! " Tel autre a toute sa vie les médecins en horreur, et finit par s'adresser à une sorcière experte en incantations et en crachats magiques, ou, mieux encore, par inventer quelque horrible mixture qui lui paraîtra, Dieu sait pourquoi, le vrai remède à ses maux.Au reste, la situation difficile dans laquelle ils se trouvaient pouvait, en partie, servir d'excuse à nos fonctionnaires.Un homme qui se noie tente de s'accrocher au premier fétu venu, une mouche oserait à peine s'y poser, et le malheureux pèse de quatre à cinq pouds;mais dans un moment si critique, il ne saurait songer à ce détail.C'est ainsi que nos gens s'accrochèrent à Nozdriov.[...]

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page créee le : 18 février 1999