QUELQUES EXTRAITS DES OEUVRES DE POUCHKINE

(traduit du russe par Katia Granoff)


Cliquez sur le boutonRouslan et Ludmilla (prologue)

Cliquez sur le boutonLa Fontaine de Bakchisarai (épilogue)

Cliquez sur le boutonLes Tziganes (extrait)

Cliquez sur le boutonEugène Onéguine (lettre de Tatiana à Onéguine,extrait)

Cliquez sur le boutonEugène Onéguine (Lenski, la veille du duel)

Cliquez sur le boutonLe Cavalier d'Airain (prologue)


 

Rouslan et Ludmilla(Prologue)

Dans l'anse verdoie un grand chêne,

Autour de lui brille une chaîne

D'or, sur laquelle un chat savant

Marche jour et et nuit en tournant.

A gauche, il parle, il dit un conte;

A droite, c'est un chant qui monte.

 

C'est là que rôde le sylvain,

Que s'agrippe aux branches l'ondine,

Que d'étranges bêtes piétinent

Sur de mystérieux chemins.

On voit là-bas une chaumière,

Toute de guingois et qui n'a

Pas de fenêtres, de verrières,

Pas de portes,de cadenas,

Là, sur un rivage désert,

A l'aube, sortent de la mer

Trente guerriers;ils étincellent,

Et l'ainé modère leur zèle.

Là-bas, un beau prince royal

Fléchit la colère sauvage

D'un monarque ; et sur les nuages,

Devant tout un peuple féal,

Apparaît un sorcier qui porte

Un chevalier de bonne sorte;

Un loup est le seul serviteur

D'une princesse dans sa geôle

Et dans l'or un roi s'étiole.

 

Tout ça, c'est russe et reste tel;

J'y fus et j'y bus l'hydromel.

Dans cette anse où verdoie le chêne,

Je vis briller l'or d'une chaîne,

Et sur la chaîne, un chat savant

Marche, nuit et jour, en tournant.

 

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La Fontaine de Bakchisarai (épilogue)

Quittant le Nord, laissant des fêtes,

Me trouvant à Bakchisarai,

J'entrai dans les salles muettes

Et dans les jardins du sérail.

J'errai là même où le Tartare,

Fléau des peuples, odieux,

Jouissait de délices rares

Après des combats furieux.

La volupté sommeille enclose

En ce palais, en ces jardins,

Parmi les clairs jets d'eau, les roses,

Les ceps alourdis de raisins.

L'or brille aux murs en abondance;

Derrière ces barreaux d'antan

les épouses dans leur printemps

Souvent soupiraient en silence...

 

Où sont les Khans et leurs harems ?

Tout semble triste et calme ici.

Je vois un fantôme imprécis,

Qu'évoquent le parfum des roses

Et le murmure des jets d'eau,

Seul un fantôme à moi s'impose,

Glissant dans cet eldorado...

Hélas! quelle est cette ombre pâle

Qui devant moi passe à l'instant,

Belle, irrésistible, fatale ...

Est-ce ton esprit rayonnant,

O Marie ? Est-ce toi, Zarème,

Ardente et jalouse à l'extrème,

Et qui dans ce lieu fascinant

Fut mise à mort en châtiment ?

 

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Les Tziganes (Aleko parle,extrait)

Il n'est de bonheur sans amour !

J'ai quitté les fêtes urbaines,

Les femmes... oh, sois en certaine,

Tu es plus belle sans atours,

Plus belle sans colliers ni gemmes,

Ne change pas,reste la même !

Auprès de toi, mon seul désir

Est de goûter à l'avenir :

Amour, exil, choisi, plaisir ...

Deux ans passèrent ... La peuplade

Erre toujours sur les chemins.

Hôtes bienvenus, les nomades

Reçoivent un accueil humain.

En s'éloignant de la culture,

Aleko libre, insouciant,

Comme un Tzigane à l'aventure

Prend sans regret les jours fuyants.

Rien de changé dans l'existence

Des Tziganes et son passé

Est mort.Nouvelle accoutumance :

Il aime leurs bivouacs pressés,

La paresse qui les gouverne,

Leur parler pauvre et cadencé

Et, transfuge de la caverne,

L'hôte hirsute qu'il a dressé.

Devant la foule circonspecte,

Dans les hameaux ils font collecte ;

Rongeant sa chaîne, énorme et lourd,

L'ours gronde et danse au carrefour ;

Le vieux d'une main nonchalante,

Fait résonner le tambourin ;

Aleko montre l'ours et chante ;

Zemphira cueille le butin.

Quand vient la nuit, ils se rassemblent

Autour du grain non moissonné ;

Le vieillard sommeille et tout semble

Enfin au repos s'adonner.

 

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Eugène Onéguine (lettre de Tatiana à Onéguine,extrait)

Je vous écris, est-ce assez clair ?

Que reste-t-il encore à dire ?

Il se pourrait que je m'attire

Ainsi votre dédain amer.

Pourtant si vous pouviez comprendre

Mon triste destin d'ici bas,

Vous ne m'abandonneriez pas.

D'abord j'ai pensé me défendre,

J'aurais voulu dissimuler,

Pour vous mes sentiments sincères.

Sachez que j'aurais su me taire

Si de vous voir, de vous parler,

J'avais l'espoir. J'eusse révé

Toujours, toujours à nos rencontres,

Mais dans ce pays isolé

Vous semblez être un exilé.

C'est trop distant que l'on vous montre,

Et bien qu'heureux vous accueillant,

Nous n'avons rien de très brillant.

 

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Eugène Onéguine (avant le duel)

Vous avez fui, jours d'allégresse,

O jours dorés de ma jeunesse !

Hélàs ! que m'apprête demain ?

Il est baigné de brume épaisse,

De l'entrevoir j'essaie en vain,

Mais quel que soit pour moi le sort,

Que sa flèche me frappe à mort,

Ou passe au loin sans me blesser,

Veiller, dormir, tout est tracé ...

béni soit le jour, ses soucis !

Que la nuit soit bénie aussi !

Demain, lorsque l'aube aura lui,

Quand sonnera l'heure fatale,

Descendrai-je seul dans la nuit,

En ma demeure sépulcrale ?

Les flots rapides du Léthé

Emporteront mon souvenir !

Mais, ô toi, vierge de beauté,

Sur ma tombe vas-tu venir ?

Sur mon urne, chère pleureuse,

verser une larme en pensant :

Il m'aimait en me dédiant

L'aube de sa vie orageuse ?

Mon épouse, mon adorée,

Viens,viens à moi, ma désirée !

 

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Le Cavalier d'Airain (prologue extrait)

Debout sur la grêve déserte

Il méditait ses hauts projets;

Des flots puissants portaient, alertes,

Un seul canot comme un jouet.

Il se disait : " A cette place

Une ville va se dresser

Comme une vivante menace

A qui voudrait nous abaisser.

Sur les ondes, pour eux nouvelles,

Vont accourir nos visiteurs,

Leurs galères, leurs caravelles;

Au large, nos navigateurs

Pourront déployer nos couleurs ! "

. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .

Ah, quelle ville a surgi là !

Et Moscou perd de son éclat ;

Veuve royale, elle s'incline

Devant la nouvelle tzarine!

 

O Pierre, j'aime ton ouvrage,

J'aime le cours majestueux

De la Néva, dans ses rivages,

Son air sévère, harmonieux ;

J'aime le dessin de ces grilles;

Ces rêves, ces nuits qui scintillent,

Quand dans une étrange clarté,

En son éclat nocturne brille

La flèche de l'Amirauté.

Je lis ou j'écris dans ma chambre

Comme à la lumière du jour,

Car desux aubes dans un ciel d'ambre

Et qui se suivent tour à tour,

Ne cèdent à la nuit leur place

Que pour quelques instants fugaces.


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