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Alexandre
POUCHKINE
(1799-1837)
Fondateur de la littérature russe moderne, Alexandre Pouchkine crée une nouvelle langue littéraire où il unit l'héritage des grands écrivains, le langage parlé et les expressions populaires.Malgré tous les obstacles de la censure impériale, de la presse réactionnaire et des persécutions policières, son oeuvre est tout entière pénétrée par la passion de la liberté.
Pouchkine a su rendre poétique la quotidienneté de la vie russe, extragant de cette gangue toute la beauté rayonnante des événements et des caractères.Ce réalisme poétique, une langue rajeunie, enrichie et familière, font la grande originalité et l'éternel attrait de son oeuvre qui rayonne de beauté, d'intelligence et de clarté.
Pouchkine naquit en 1799 à Moscou.Son père ,Serge Pouchkine, descendait d'une très vieille noblesse. Encore enfant, Pouchkine dévorait les livres de la bibliothèque paternelle et faisait des vers.Ses parents s'occupant peu de lui, il s'attacha profondément à sa gouvernante. Par elle et par les domestiques de la maison, il connu le folklore russe.En 1811, il entra au lycée de Tzarskoié Sélo, crée pour former les hauts fonctionnaires, mais en réalité devenu un foyer d'idées libérales opposées à l'autocratie comme au servage.
Sorti du lycée en 1817, déjà connu comme poète, il devint secrétaire au ministère des Affaires étrangères.Les années 1817-1820 furent marquées par des soulèvements révolutionnaires en Europe et en Russie.Des sociétés secrètes, ayant pour but l'abolition de l'autocratie et du servage, se créèrent en Russie, mais Pouchkine ne fut jamais invité à en faire partie, car ses amis, les futurs décembristes, ne voulaient pas mettre en danger une vie trop précieuse pour les lettres russes. La poésie de Pouchkine de ces années n'en reflète pas moins ses aspirations révolutinnaires.
Son poème, Rouslan et Ludmilla, prend la portée d'un véritable manifeste littéraire qui provoque des attaques violentes de la critique traditionnelle contre ce " langage de moujik " et ces " images populacières ". En revanche, la jeunesse accueille ces nouveautés avec enthousiasme.
Il est exilé dans le midi de la Russie. C'est là que Pouchkine conçut ses poèmes romantiques, Prisonnier du Caucase, Les Tziganes, les Frères brigands qu'il achèvera plus tard.Le romantisme de Pouchkine, libère la poésie des règles stagnantes, donne un essor à la personnalité et s'alimente aux sources populaires.
Le poème le plus romantique de Pouchkine est celui qu'il écrivit à Odessa, La Fontaine de Bakchisaraï.Son sujet est une légende d'après laquelle une princesse polonaise, Marie Potozka, enlevée par le Khan Guiré, serait morte en captivité.Poème étincelant qui eut un grand succès.
C'est dans son village natal , Mikhaïlovkoïe ,qu'il continue à travailler aux Tziganes et à son roman en vers Eugène Onéguine où il déploie un vaste panorama de la vie russe; c'est également à Mikhaïlovkoïe qu'il écrit sa tragédie, Boris Godounov.
Dans Les Tziganes, le héros est un transfuge de la société civilisée, un révolté, Aleko. Admis à partager la vie libre, simple et naturelle des Tziganes, il tue dans un accès de jalousie la jeune Tzigane, sa femme, et l'amant de celle-ci;montrant ainsi qu'il reste toujours attaché aux conceptions de morale et d'honneur d'un monde qu'il avait abandonné. Le chef des Tziganes, le père de sa femme, le chasse de la communauté dans un monologue empreint de sagesse et de mansuétude.
Dans Boris Godounov, Pouchkine démocratise la tragédie par une manière nouvelle de poser le problème historique, de même que par la forme littéraire qu'il donne à son ouvrage. Le conflit central de Boris Godounov est l'opposition du peuple et du Tsar. Ayant acquis le pouvoir par l'assassinat du jeune Dimitri, héritier du trône dont il était le régent, Boris cherche à mériter la confiance du peuple par une sage et habile gestion. Mais ses efforts sont vains et il se débat au milieu des intrigues des boyards. Ce caractère complexe de despote ambitieux finit par devenir presque sympathique, car Pouchkine en fait un père au grand coeur et nous le montre affreusement tourmenté par des remords de conscience.
Vers 1830, il écrit Poltava et Le Cavalier d'Airain. En prose paraissent La Fille du Capitaine, La Dame de Pique et enfin Eugène Onéguine, roman en vers, " encyclopédie de la vie russe ", comme le disait Bélinski. Trois caractères principaux apparaissent ici : Onéguine, Lenski et Tatiana. Esprit aux vastes horizons, enfermé dans les limites étroites de la vie de son monde, ne trouvant aucun idéal, aucune raison de vivre, Onéguine devient indifférent et sceptique; son âme est ravagée.Soumis aux préjugés mondains d'un faux sens de l'honneur, il accepte l'absurde provocation en duel de son ami d'hier, le jeune poète Lenski, qui est un romantique enthousiaste, une âme pure et chevaleresque; mais dans le milieu qui l'entoure, qui sait s'il ne perdrait pas bientôt ses qualités se demande Pouchkine. Lenski est tué en pleine jeunesse dans ce duel semblable en tous points à celui où devait périr Pouchkine lui-même.
Le personnage de Tatiana se détache dans toute sa pureté morale, sa spontanéité, son horreur du mensonge. Ce caractère exceptionnel se révèle dans deux passages principaux : la lettre passionnée adréssée à Onéguine en qui elle avait cru reconnaître son idéal, et le monologue de la fin où elle condamne la vanité de la mascarade mondaine à laquelle l'astreignent ses nouveaux devoirs.
Dans les débuts des années 30, Pouchkine écrit entre autres des pièces courtes : Le Chevalier avare où il analyse avec une grande pénétration le pouvoir de l'argent; Mozart et Salieri où le vrai et pur génie est opposé à la jalousie d'un médiocre; L'hôte de pierre où il montre un Don Juan, habile séducteur, certes, mais aussi un amoreux prêt à sacrifier sa vie à sa passion.
Dans Le Cavalier d'airain, Pouchkine exprime l'idée que le progrès historique entraîne des sacrifices de vies et d'intérêts particuliers. Pierre le Grand construit Petersbourg sur les marais et ouvre pour son pays une fenêtre en Europe, mais il est aussi le tsar terrible qui fait se cabrer la Russie sous sa poigne de fer en sacrifiant les petites gens à son oeuvre de titan.
Obligé de paraître constamment à la cour, de prendre part aux fêtes et aux réceptions, il voit se creuser l'abîme entre lui et le monde où il vit.Situation intolérable qui se termine par un duel avec l'émigré français d'Anthès;duel qui n'était qu'un traquenard où le poète se trouva poussé par des intrigues de cour portant atteinte à son honneur, comme à celui de sa femme; mais qui était aussi une provocation jetée par le poète au monde aristocratique où il étouffait.
Le 27 novembre 1837, Pouchkine est mortellement blessé par d' Anthès. Conscient de son état, il serre la main de ses amis qui passent tour à tour devant lui, et meurt après deux jours de terribles souffrances. Le peuple afflue en masse vers son cercueil et ressent ce deuil comme national.
Après Pouchkine, une langue littéraire, simple, claire, à la portée de tout le peuple russe était créée. La langue écrite et la langue parlée étaient désormais fondues en une seule. L'ancien jargon des salons, émaillé de mots étrangers, était condamné. L'oeuvre de Pouchkine, d'une incomparable beauté littéraire, donne une image fidèle de son époque.
Le poète de la liberté, du bon sens, de l'amour de la patrie, de la foi en ses destinées, garde tout son ascendant.
L'apport de Pouchkine à la littérature mondiale est d'autant plus précieux qu'il demeure profondément russe.
( Extraits de texte tirés D'ANTHOLOGIE DE LA POESIE RUSSE, de Katia Granoff)